Fragment przedmowy, umieszczony na tylnej ok³adce
Je brûle Paris (2003)
Ce livre vient de l'abîme. D'une Atlantide qu'on aurait pu croire
à jamais disparue. Pour le retrouver, il a fallu descendre dans
une fosse commune où l' on avait jeté des corps de suppliciés avec,
pour certains, des pages imprimées en guise de linceul. Là, dans cette
fosse, jouxtant la prison des Boutyrki à Moscou, gisait le corps d'un
jeune écrivain communiste polonais fusillé le 17 septembre 1938 sur ordre
de Staline. Et avec lui, était son texte assassiné, maudit, interdit, puisqu'en
ces années de sang, les livres mouraient aussi bien que les hommes.
C'est de ce livre, Je brûle Paris, et
de cet homme, Bruno Jasienski, que nous allos vous parler. Pour tenter
de vous émouvoir. Pour essayer de vous faire venir nombreux à cette veillée
funèbre, quand la révolution s'acheminait irrévocablement et
sans le savoir, car personne ne lui avait dit qu'elle était atteinte d'une
maladie mortelle, vers son agonie programmée par la terreur stalinienne.
[...]
Jasienski, jeune poète révolutionnaire
d'avant-garde, qui avait quitté la Pologne peu hospitalière pour
les <<rouges>>, avait 27 ans quand il écrivit ce livre
à Paris. Son Je brûle Paris constituait une riposte au Je brûle
Moscou de Paul Morand: cette courte nouvelle figurait dans son Europe
galante et décrivait la capitale soviétique comme infestée par des juifs
passablement sales et couverts de puces. C'était une délicieuse petite infamie
qui montrait la Mecque de la Révolution sous l'aspect repoussant d'un bolchevique
au nez crochu.
Benoit Rayski
(extrait de la preface)