Fragmenty przemowy t³umacza, opublikowane w
26 VIII 2003
Benoît Rayski : Un temps où les poètes avaient vingt ans
Ce livre, écrit Benoît Rayski dans la préface de Je
brûle Paris, n'est pas à mettre dans toutes les mains. " Si, par invalidité
de l'âme, vous êtes incapable d'imaginer qu'il fut une époque où l'amour
des pauvres, jugés coupables de leur misère, avait pour corollaire la haine
des riches, en un mot, si vous pensez - car telle est l'idéologie dominante
aujourd'hui - que les pauvres sont les premiers responsables de leur pauvreté,
alors non, non et non, Je brûle Paris n'est pas pour vous... Il est pour
tous les autres, pour vous tous qui n'avez pas courbé la tête, pour vous
tous qui ne vous êtes pas laissé assécher le cour (...). Pour vous qui pouvez
comprendre qu'il fut un temps où les poètes avaient vingt ans et écrivaient
des lignes rythmées par le bruit des locomotives et le crépitement des mitrailleuses,
des lignes aussi brûlantes que les flammes des hauts-fourneaux ou que le
feu qui incendiait les châteaux et les palais. "
Un livre daté, dépassé ? Pourquoi, écrit Rayski, " devrait-on
cracher avec dédain sur des mots dont le sens recouvrait alors une réalité,
vécue comme immonde et insupportable ? (...) Je brûle Paris est en quelque
sorte un roman initiatique sur l'accouchement de la révolution. Il s'inscrit
avec force dans une tradition mystico-apocalyptique de l'époque dont les
Temps modernes de Charlot fournissent une des illustrations les plus émouvantes.
" Rayski, qui parle du livre " hissé au rang de chef-d'ouvre par le souffle
révolutionnaire et l'extraordinaire talent narratif de Bruno Jasienski ",
revient sur la suite, l'expulsion de France de l'écrivain indésirable, l'arrivée
triomphale à Leningrad, les honneurs à Moscou, puis l'exclusion du parti,
la condamnation à mort de son ex-épouse et de sa seconde femme, sa condamnation
à mort enfin. Bruno Jasienski fut fusillé le 17 septembre 1938 et son livre
jeté au pilon, oublié. " En 1929, quand parut ce livre, la révolution vivait
encore dans l'attente de la tempête finale qui devait souffler de Moscou.
En 1938, elle était déjà morte, tuée chez elle, précisément à Moscou, par
la terreur stalinienne. Il était somme toute assez logique que Jasienski,
qui l'avait tant aimée, mourut en même temps qu'elle. "